La mort est un processus

« Celui qui refuse de mourir refuse de vivre »
Car lorsque l'on signe le contrat de la vie, on signe aussi celui de la mort. Que serait la vie si ce n’est une constante attente de la mort ? Je le répète tellement souvent que mes textes en deviennent répétitifs et lassants...
Nous devons prendre la mort pour conseillère. Que ferais-je aujourd’hui si je devais mourir demain ? Nous devons la considérer comme une proche amie, sans oublier de la garder assez loin pour qu’elle ne nous atteigne pas. Vivre chaque jour comme si c’était le dernier, apprendre ce qu’il faut apprendre, donner ce qu’il faut donner, s’approprier ce qu’il faut prendre pour soi, aimer autant qu’il faut aimer, et haïr au niveau où il faut haïr. Et quand la mort viendra, l’accepter, lui ouvrir les bras comme à une vieille amie.
Prendre la mort pour conseillère, c’est vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Après tout, nos chances de mourir demain sont aussi grandes que celles de survivre après-demain…

Si je devais mourir demain, je me contenterais de vivre. Je ferais probablement comme les loups… Quand la mort approche, les vieux loups se séparent de la meute, arrêtent de manger jusqu’à ce que la mort leur donne son baiser glacé.

Si je devais mourir demain (ce qui reste probable), je m’éloignerais de la meute, je passerais mes dernières heures à profiter de ce que Dieu a créé pour moi. J’irais dans une forêt, embrasserais la terre comme une druidesse celte. J’allumerais un feu pour illuminer mes derniers instants, je danserais une dernière danse sur « Canção do Engate » d’António Variações. J’ouvrirais une ultime bouteille de vin de Porto, je fumerais ma dernière cigarette, je chanterais une dernière chanson…
Si je devais mourir demain, je revêtirais mes plus beaux habits, j’arborerais mes magnifiques bijoux d’argent, je coifferais mes longs cheveux noirs, je prendrais mes derniers autoportraits — après tout, je veux aussi de belles photographies sur ma belle et lugubre tombe.
Si je devais mourir demain, j’aimerais ceux qu’il faut aimer, je haïrais ceux qu’il faut haïr, je pardonnerais à ceux qui doivent l’être, j’écrirais mes dernières phrases…

Et quand la mort arriverait, qu’elle tende ses longs bras pâles, qu’elle m’enveloppe de ses tentacules visqueux, qu’elle ouvre ses vastes ailes noires, qu’elle approche son visage à la fois beau et terrible pour m’offrir son baiser froid et gluant…

Je sentirais mon corps se figer, mes dernières pensées s’éteindre. Mes yeux s’enfonceraient dans mon visage cadavérique, ma peau pâlirait et j’exhalerais mon dernier souffle. Et après…

Seuls les morts savent. Comme je ne suis pas encore morte, je ne sais pas. J’espère seulement que ce ne sera pas le vide...

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Lettre pour I